Dans mon lecteur mp3, Cali chante : « De tes mots doux j'entends encore la musique, Je suis encore dans tes bras ». C’est si doux d’entendre ce genre de phrase. C’est si doux de se dire qu’on est pas seul à vivre un peu dans le passé.
C’est paradoxal, en ce moment je pense beaucoup à l’avenir, à l’enfant que j’aimerais avoir, au job de mon chéri, aux travaux dans notre maison, … Et pourtant, je continue à m’enfermer régulièrement dans une bulle où tout est passé : Luigi.
Je suis tout et rien. Je suis le mal et le bien. Je suis tout et son contraire. Je suis le passé et le futur. Mais où est mon présent ?
Pour répondre à la question de P., j’ai dû me demander ce que j’attends exactement de Luigi aujourd’hui. Quelle bonne question ! Avant de lire sa question, je ne me l’étais pas vraiment posée. Alors j’ai fait l’effort d’y penser très fort pendant quelques minutes. Alors 15 grammes, qu’attends-tu de Luigi aujourd’hui… ? Dans un monde utopique, et comme je l’ai déjà souvent souhaité, nous pourrions nous aimer aussi fort qu’avant, nous chérir et être complices, se confier l’un à l’autre, nous aider, nous câliner des heures durant, compter l’un sur l’autre et ne pas se faire de mal. En parallèle à cela, nous pourrions voir nos couples respectifs évoluer sans jalousie. Je verrais son bébé grandir, il me souhaiterait d’en avoir un avec mon mari… Mais tout cela, ce n’est pas possible, il paraît. Oui, il paraît que c’est de la bigamie. Et la bigamie, c’est interdit.
Alors, puisque ce n’est pas possible, puisque ce genre de situation ne dure jamais, puisqu’il n’est pas possible de mentir tout une vie durant, puisque le cœur n’est pas fait pour aimer deux personnes… Alors je veux quoi ? Pour être raisonnable, j’aimerais donc par dessus tout pouvoir parler ouvertement de tout cela avec Luigi. Ouvertement, pendant le temps qu’il faut, calmement, avec complicité. Faire le point. Je sais, je l’ai déjà écrit des dizaines de fois. Je campe sur mes positions. Avoir un jour, une fois seulement, l’occasion de lui dire « Je t’aime » en le regardant droit dans les yeux car je ne l’ai encore jamais fait. Qu’on me laisse l’occasion de lui expliquer qu’il ne doit pas avoir peur de moi, que je ne lui ferai jamais de mal, que je ne suis pas folle, que j’espère que son couple ira bien et que je vais prendre soin du mien. Une conversation, une dernière. Des mots venant de lui, des autres sortant de mon cœur. Tout ce qui reste en suspend depuis presque un an, tout ce que j’ai essayé de lui dire par téléphone, tout ce que j’ai tenté de lui écrire, tout lui dire, droit dans les yeux. Lui parler, à cœur ouvert. Lui faire ouvrir le sien une dernière fois pour moi. L’encourager à continuer d’avancer après cela. Avancer moi même, apaisée. Je cherche l’apaisement.
Voilà P., voilà ce que j’attends aujourd’hui. Ca n’arrivera certainement jamais. Luigi a décidé il y a bien longtemps déjà que cette conversation n’était pas une bonne idée et qu’elle était inutile. Il pense peut-être que je chercherais à le convaincre de me revenir… qui sait ? Pourtant, loin de moi cette intention. Ce que je veux, c’est qu’il remonte la petite manette dans mon dos et m’envoie droit vers mon mari. Je veux qu’il me pousse vers l’avenir, le cœur léger et rassuré. Déposer un dernier baiser sur ces lèvres qui m'ont dit tant de mots doux et puis m'en aller.
Je veux pouvoir passer du bon temps avec mes amis, sans ambiguïté par rapport à Luigi, sans sous-entendu, sans envie, sans pulsion. Je veux qu’il soit mon plus beau souvenir, puisqu’il ne sera pas mon avenir. Je veux lui sourire, je veux le voir sourire. Je veux rire avec lui. Être son amie. Être aussi un joli souvenir. Je veux qu’il soit heureux avec sa petite famille.
Plus que tout au monde, je souhaite avoir une relation sans gène avec lui. Quand je le vois faire trois pas en arrière quand je m’approche de lui, j’ai un couteau qui me triture l’intérieur de l’estomac. Plus que tout, j’aimerais le revoir se comporter avec moi comme avec tout le monde. Plus que tout, je souhaite cesser de l’aimer !