Le temps est censé guérir les maux. Il est censé apaiser les douleurs pour finalement les faire disparaître. Mais parfois il prend son temps, le temps. C’est en voyant Luigi hier que je me suis rendue compte qu’il allait encore falloir attendre pour enfin être insensible.
Hier après-midi, son visage était d’une douceur indescriptible. Il n’avait pas l’air dans son assiette, certes… mais il était tellement beau ! J’ai passé quelques temps à le regarder travailler. Son appareil photo était posé sur la table. J’ai pris des tas de photos de lui… et je ne les verrai certainement jamais. Difficile de lui demander de me les envoyer… Et puis à quoi bon ? Ca m’a fait penser à une scène du film « Love Actually » où le témoin d’un mariage ne filme que la mariée, uniquement elle, rien qu’elle. Lorsqu’elle s’en rend compte, le témoin n’a pas d’autre choix que de lui avouer son amour.
Mais mon amour, il le connaît déjà. Enfin… je pense. Je ne sais pas. Il connaît mon amitié pour lui, c’est sûr. Pour le reste, il préfère certainement ne pas savoir.
Parce que oui, c’est possible l’amour et l’amitié pour une même personne. Un sentiment compense l’autre. Lorsqu’un n’est pas possible on cultive l’autre. Par dépit. Parce qu’il faut. Pour ne pas tout perdre.
Il était au téléphone avec des collègues et, pour justifier son absence à une prochaine réunion, il a dû leur annoncer que la raison de son absence est son mariage. Il a rougi en le disant au téléphone. Luigi a rougi ! Je ne me souvenais pas l’avoir déjà vu rougir. Etais-ce de la gêne ? Ou de la fierté ? Aucune idée… en tout cas c’était chouette de le voir ainsi.
Je l’ai beaucoup trop observé, les images d’hier après-midi étaient encore devant moi le soir, puis la nuit. J’étais dans mes pensées, toujours les mêmes. J’étais dans un état semi-mélancolique, semi-résigné. Je sais qu’il n’arrivera plus rien. Et pourtant, j’y pense encore et toujours. Malgré le temps, rien ne s’estompe.
J'ai pourtant passé une très bonne journée hier avec mon mari. Pour une fois, nous avons passé une journée entière ensemble. Je l'aime... oui je l'aime, ... mais alors pourquoi est-ce que je lui fais ça ? Pourquoi est-ce que je pense encore à Luigi. Je me sens minable. Encore et toujours ce sentiment de « petite merde » qui revient de temps à autres. Mais je paye le prix de mes erreurs. Je paye pour cette faute que j’ai commise. Alors, j’assume.
J’ai quelques vœux à faire : Pouvoir un jour, enfin, en parler avec lui. Etre enfin rassurée. Le rassurer sur mes intentions. Goûter une dernière fois à sa peau, à ses lèvres. Le serrer fort dans mes bras, rien qu’une fois, pour lui souhaiter bonne route pour son avenir. Lui dire « Je t’Aime ». Lui dire adieu. Et m’en aller. Pour toujours. Ne plus jamais le voir. L’oublier. Respirer à nouveau, enfin. Loin de lui.
UTOPIE !
Continuer à le voir, me dire que je n’ai été qu’une passade et qu’il a tout oublié… ça… je ne peux pas vivre avec. Le voir heureux en famille et avancer dans la vie, ok… c’est beau, c’est agréable et ça ne me rend pas jalouse. Au contraire je suis heureuse pour lui. Mais continuer à le voir, tout simplement, et ne pas en dormir, en rêver, être attirée, je ne veux plus ! Je ne peux plus.
Cette nuit j’ai rêvé que le jour de LA conversation arrivait enfin. Ce jour là, d’un air distant, il me disait « Il faut vraiment que tu arrêtes, tu ne vois pas que je m’en fous de toi ? J’ai assez avec mes propres soucis ! C’est fini, stop, terminé, arrête de t’accrocher je ne sortirai plus de ma route ». Mais je ne m’accroche pas !!! Mais je ne lui demande pas de sortir de sa route !!! Je l’aime, c’est tout… je l’Aime !!! … du calme 15grammes… du calme… Finalement, plutôt rester dans le doute et avoir mal au cœur pour le restant de mes jours que d’entendre une phrase pareille venant de lui. Instinct de survie…
La vie ne m’a pas fait que des cadeaux. J’essaye pourtant de relativiser et d’être souriante au possible chaque jour, d’oublier le mal qu’on m’a fait et regarder droit devant. Mais penser encore à Luigi plus d’un an après la fin de notre « histoire », c’est un cauchemar ! C’est un cauchemar que je vis. Perturbant.
Je vais évidemment mieux qu’il y a quelques mois et mon journal y est pour beaucoup. Mais je me rends compte que rien ne change, et j’ai peur. J’ai vraiment peur. J’ai peur de ne jamais arrêter de penser à lui. Il doit le sentir, il est très intelligent. Je suis certaine que les distances qu’il met entre nous sont dues au fait qu’il se doute de mes sentiments. Pour lui, je suis certainement transparente, il me connaît !
J’ai envie de lui envoyer cet écrit. Egoïstement et sans penser à l’impact que ça pourrait avoir sur lui. Pour moi. Pour aller mieux. Pour qu’il sache. Ce serait déplacé de lui annoncer qu’un an après j’en suis toujours au même point alors qu’il se marie avec quelqu’un que j’aime beaucoup dans quelques dizaines de jours. Ah oui, ce serait déplacé et totalement inconvenant !!
Toujours se taire, toujours prendre sur soi, pour ne pas blesser, pour ne pas froisser, pour ne pas rappeler aux autres ce qui a pu les déranger. Je fais certainement trop attention aux autres et j’en oublie mon bien-être personnel. Mais un jour ou l’autre, il faut avancer je pense, il faut avoir le courage de se lancer, avouer, bousculer, … pour enfin se débarrasser de ce qui nous empêche d’avancer. Pour provoquer le clash, en prendre plein la tête, plein l’ego,… ou enfin être soulagée de savoir que tout était réciproque. Pouvoir enfin vivre, l'esprit libéré.